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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 17:00

INTERVIEW - Avec pédagogie et humour, ce forestier allemand explique à quel point les arbres ont un comportement social, communiquent entre eux et sont solidaires.

Peter Wohlleben est un forestier d'un genre particulier: de simple gestionnaire économique ne pensant qu'à la valeur marchande des arbres, il est devenu un gestionnaire amoureux, aujourd'hui en charge d'une forêt de la région de l'Eifel, en Allemagne. Après avoir lu son livre, La Vie secrète des arbres (Les Arènes, mars 2017), on ne peut plus se promener en forêt comme avant…

LE FIGARO. - Quelle est votre vision des arbres?

Peter WOHLLEBEN. - Soit on regarde la nature comme une machine, ce qui est la tendance depuis deux ou trois cents ans, soit on se dit qu'il n'y a aucune raison que la nature fonctionne à l'identique pour des millions d'espèces à l'exception d'une, l'homme, qui serait seul capable de sentir ou de penser. Les forêts sont des organisations structurées comme le sont les fourmilières. Les arbres ont un comportement social. Ils communiquent entre eux, émettent des odeurs, sont solidaires…

Comme pour tout, nous ne comprenons pas qu'avec notre seule intelligence mais aussi avec notre cœur. Un exemple: un arbre est connecté avec ses jeunes pousses qui sont alimentées par les racines avec des solutions sucrées. C'est un procédé compliqué, qui ne doit rien au hasard. Si vous le racontez en expliquant qu'une mère arbre «allaite» ses enfants, tout le monde comprend immédiatement.

Pourquoi un arbre naturel survit-il mieux qu'un arbre planté?

Un arbre planté ne va pas pousser comme il faut car ses racines auront été coupées. Quand vous plantez un pommier de deux mètres de haut, le système racinaire a un diamètre d'environ 4 mètres. Mais en coupant les racines, on sectionne toutes les cellules du «cerveau» de l'arbre. Le système racinaire récupérera, mais jamais comme avant. Une tempête suffit à déraciner ces handicapés.

Vous parlez de la complainte des arbres de ville, mais en même temps ils rendent les plus grands services.

«On ne plante pas des arbres en ville pour les aider mais pour nous aider. Et c'est très bien. Mais si vous mettez beaucoup d'espèces différentes ensemble, c'est un zoo d'arbres qui ne s'aiment pas»

 

On ne plante pas des arbres en ville pour les aider mais pour nous aider. Et c'est très bien ainsi. Mais si vous mettez beaucoup d'espèces différentes ensemble, alors c'est un zoo d'arbres qui ne s'aiment pas. Si vous voulez aider les arbres en ville, par exemple un chêne, vous devez planter des glands autour de lui pour qu'il ait sa propre famille.

Mais, dans la nature, la compétition entre arbres n'est-elle pas sévère?

Il y a effectivement peu d'élus. Pour un hêtre, une graine sur deux millions environ deviendra un arbre ; une sur un million pour les peupliers ou les saules… Mais les grands arbres ne se combattent pas, ils s'entraident. Éclaircir les forêts pour permettre aux arbres de pousser plus vite est une erreur. Au contraire, ils aiment grandir ensemble.

Ne faites-vous pas un peu de provocation en expliquant qu'il vaut mieux protéger les petits organismes que les grands mammifères?

«Les grands arbres ne se combattent pas, ils s'entraident»

 

Les micro-organismes ou les tout petits insectes sont au début de la chaîne alimentaire comme le plancton dans la mer. Si ce chaînon manque, tout s'écroule. Mais ce petit monde est moche, et personne n'imagine de parcs nationaux pour le protéger.

Peut-on récupérer l'énergie des arbres en les embrassant?

Ceux qui font ça ne posent pas de problème. Mais les arbres sont très lents. Quand ils émettent des signaux électriques, ceux-ci avancent au mieux d'un centimètre par seconde. Donc, si vous attendez de recevoir de l'énergie, il faut les entourer très longtemps!

Tous les arbres du monde fonctionnent-ils de la même manière?

«Le changement climatique est mauvais pour l'agriculture, pour les hommes, mais pas pour les forêts primaires»

 

Les arbres doivent attendre deux cents ou trois cents ans pour être adultes et c'est partout pareil dans le monde. Au Brésil, on pense toujours que les arbres poussent très vite. C'est vrai dans les exploitations car on les coupe au bout de vingt-cinq ans, mais dans la forêt primaire ils ont besoin de plusieurs siècles pour devenir grands.

Le changement climatique est-il une menace pour les forêts?

C'est mauvais pour l'agriculture, pour les hommes, mais pas pour les forêts primaires. Une forêt primaire composée de hêtres peut, lors des chaudes journées, abaisser la température de 3 °C de plus qu'une forêt cultivée. Dans les forêts naturelles, la canopée bloque les rayons du soleil.

Un arbre a toutefois besoin d'énormément d'eau pour survivre…

Un arbre absorbe jusqu'à 500 litres d'eau par jour. Sous les racines, le sol en hiver peut emmagasiner jusqu'à 25 mètres cubes, ce qui est suffisant pour faire face à cinquante jours de forte chaleur sans pluie. Mais, là où circulent des gros engins agricoles, le sol est compacté et la possibilité de conserver de l'eau est réduite à 5 % pour des milliers d'années.

Quel message voulez-vous faire passer?

Amusez-vous avec les arbres! Ils sont comme des éléphants. Ils ont des familles, se soucient les uns des autres, ils ont de la mémoire et ils sont très lents. Quoi de mieux pour se ressourcer dans notre monde ultrarapide?

le figaro

voir

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/05/29/lecon-de-bonheur-des-arbres_5135312_3232.html

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